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CEDRIC MARIE ANTOINE

17 janvier – 25 février 2006

Sil y avait nécessité à classer Cédric-Marie Antoine dans une catégorie d’artiste, on aurait beaucoup de mal. Autant parce que l’individu est rebelle à tout enfermement, pour lui comme pour les autres, que parce que sa production est hors des modes et des écoles, et protéiforme. Il passe avec aisance de la céramique à l’illustration, de la peinture sur objets aux collages, du relief à l’image informatique, du carnet de voyage au verre gravé, de l’affiche à l’aquarelle intimiste.

Cette soif de tout tenter, de tout expérimenter et son indépendance par rapport aux divers courants et aux avant-gardes font de lui un artiste comme il en est peu aujourd’hui, un artiste libre et curieux ; et cependant, un artiste contemporain.

Sa démarche a pour fondement, d’une part l’expérimentation technique, d’autre part ce qui le touche au plus près, c'est-à-dire son rapport intime aux êtres et aux choses.

Qu’il s’agisse du petit déjeuner, du chemin de Cajarc, de lettres reçues, des portraits de célébrités ou de maîtres admirés, des poires, des verres et des bouquets de fleurs, il les explore selon des techniques diverses en les réinterprétant régulièrement, comme un leitmotiv qui tend au rituel dont l’objet serait de baliser de repères le chemin qu’il suit depuis toujours.

De nouveaux thèmes apparaissent régulièrement au fil de son cheminement. Comme par exemple l’évocation de la censure et d’évènements politiques attentant à la liberté qui émerge dernièrement parmi les portraits, les fleurs et les paysages.

Malgré la diversité des supports et des moyens, il garde un style ample où le geste dessine avec vigueur et décline quelques signes récurrents ; la composition ne s’embarrasse pas de complications, le sujet  s’expose immédiat et clair ; la gamme colorée rarement froide privilégie les tons de jaune, d’orangé, de rouge, ponctués de verts et de bleus ; les papiers sont tantôt précieux, tantôt simples alliant indifféremment la feuille d’or et de fins supports orientaux ; les toiles sont parfois tendues sur châssis, parfois libres pour ajouter une dimension plastique autre.

Cédric-Marie Antoine ne fait pas de discours, il ne délivre pas de message. Son intention n’est autre que de faire des images - ses images, auxquelles il nous associe par le regard. Qu’elles soient peintes, dessinées, en relief ou traitées à l’ordinateur, elles procèdent du même goût pour l’intime, pour l’ordinaire dont la simplicité tend vers l’exemplaire, l’ordinaire qui dans l’image tend vers l’in-imaginable.

On peut considérer la série des « Insatsu » comme une nouvelle étape d’importance qui doit mener l’artiste loin dans son cheminement. En mixant sur son ordinateur des fragments de dessins, de lettres ou de peintures et des photographies il pratique une nouvelle sorte de collage, de télescopage d’images, de matières, d’écrits et de couleurs. Les impressions numériques qui en découlent s’inscrivent dans la lignée de la grande tradition des imagiers et des graveurs du XIVème siècle qui enluminaient de couleurs vives et d’or leurs vitraux et leurs gravures. Le jet d’encre sur une fine feuille d’aluminium qui rend changeante et transparente la couleur, confère aux « Insatsu » une ressemblance formelle avec les vitraux et les pages enluminées, mais ici pas de dogme, pas de prosélytisme, juste quelques évocations, clins d’œil complices ou hommages affectueux.

L’exploitation de ces nouveaux moyens ouvre des perspectives infinies aux combinaisons de formes, de couleurs et de thèmes. Cédric-Marie Antoine pourrait se contenter d’explorer à l’infini les méandres de ce fleuve informatique, mais son attachement à la matérialité des choses, son goût pour le geste, pour la peinture, pour la terre et le feu, lui font poursuivre de concert toutes ses manières d’exprimer le réel et l’imaginaire.

Artiste libre, il suit le chemin qui le conduit à la rencontre de lui-même. Il sait que la pratique de l’art n’est ni un loisir, ni un mode d’ascension sociale, mais une nécessité, tant pour le créateur que pour les autres.

Discours mais surtout hommage à Solange baudoux.

agefi ART cedricMarie-antoine